Quelle évolution pour l’espèce humaine ?

evolution darwin

A l’occasion des 150 ans de la publication de “On the Origin of Species” de Charles Darwin, le site du National Geographic publie un intéressant article sur l’avenir de l’humanité, vu d’un point de vue évolutif :

FUTURE HUMANS: Four Ways We May, or May Not, Evolve , par James Owen.

L’Evolution avec un grand “E”, telle que décrite par Charles Darwin, a-t-elle encore un effet sur l’homme ? celui-ci continue-t-t-il à évoluer selon le principe de sélection naturelle ?

Ou bien est-il condamné à rester tel qu’il est aujourd’hui ?

Voici les questions auxquelles l’article tente d’apporter des éléments de réponse, au travers de 4 scénarios possibles.

scénario 1 – L’évolution humaine est terminée

Le premier argument allant dans le sens d’une évolution humaine “morte”, nous vient de Ian Tattersall, anthropologue au Musée d’Histoire Naturelle de New York. Il explique que le mécanisme d’évolution tel que nous le connaissons implique des populations isolées et restreintes en nombre. En effet, les mutations génétiques, pour qu’elles se transmettent de génération en génération et finissent par représenter la norme, doivent avoir lieu au sein d’une population dans laquelle elles ont le plus de chance de retrouver face à elles-mêmes et avec le moins de concurrence possible. Pour Tattersall, la très grande mobilité humaine et la taille énorme des populations condamnent les mutations à “mourir” en silence en ayant très peu de chance de se reproduire. L’évolution de l’humain appartient donc à son passé, quand il vivait en petits groupes isolés.

Steve Jones, professeur de génétique à l’University College of London, part quant à lui du concept de base de l’évolution darwinienne : c’est le principe de sélection naturelle, ou encore de “la survie du mieux adapté”, qui est le moteur de l’évolution. Dans les sociétés humaines actuelles, cette notion n’a plus sa place, en raison des progrès de la médecine, de la sécurité et de l’hygiène, qui ont pour conséquence que la quasi totalité de la population atteint l’âge de procréer. Tous les gènes sont donc transmis, mêmes les plus faibles, et les gènes forts n’ont donc que peu de chance de dominer.

scénario 2 – Les humains vont continuer à évoluer

De nombreux scientifiques estiment quant à eux que l’évolution ne s’est pas arrêtée, et qu’elle pourrait même s’accélérer.

Une équipe de chercheurs de l’Université de Yale a par exemple montré que les femmes petites et rondes avaient plus d’enfants que la moyenne. Etant donné que leurs gènes vont être transmis à leurs filles, ces dernières auront elles aussi plus d’enfants que la moyenne, et transmettront donc leur gènes à plus d’enfants que ne le feraient des femmes plus grandes et minces. Et ainsi de suite.

Ils prévoient donc qu’à terme, les femmes petites et rondes seront dominantes. Voir l’article complet.

Geoffrey Miller, psychologue en évolution de l’Université de New Mexico, estime que l’évolution est en réalité en train de s’accélérer. Il explique que le phénomène est dû au fait que les possibilités de choisir ses partenaires sont de plus en plus grandes dans nos sociétés. Les caractères tels que l’intelligence ou la réussite sociale vont être déterminants dans ces choix, car ils sont une preuve de la capacité à nourrir et élever une éventuelle progéniture. Il donne aussi comme raison le fait que la société se complexifiant d’un point de vue technologique, la préférence des individus a tendance à se porter sur les traits démontrant une capacité à s’adapter à cet environnement complexe. Plus l’environnement est complexe et plus l’intelligence est un atout pour la réussite sociale et donc le succès auprès d’éventuels partenaires. Il pense donc que l’évolution de l’humain va entraîner une intelligence plus grande de celui-ci.

Il estime d’autre part que les techniques de sélection artificielle vont agir comme un multiplicateur de la transmission des traits favorisés dans nos sociétés. En effet, le choix ne se limite plus au partenaire, mais aussi directement aux “caractéristiques” des embryons, ce qui ne peut que favoriser la transmission des caractères “préférés”.

En plus de ce type de caractère “préféré” (intelligence, capacité d’adaptation, réussite sociale…), un autre mécanisme pourrait selon lui avoir une influence forte sur l’évolution humaine : la prolifération de virus et bactéries. Plus les épidémies seront nombreuses, et plus les gènes favorisant un système immunitaire efficace verront leur importance augmenter. Le résultat serait dont une espèce humaine avec un système immunitaire beaucoup plus fort.

scénario 3 – Les humains vont évoluer de manière “non naturelle”

Nous arrivons ici au coeur du sujet qui nous intéresse : le transhumanisme. La philosophie du transhumanisme est que l’avenir de l’humain réside dans sa capacité à transcender ses limitations biologiques, grâce à la technologie.

Nick Bostrom, directeur de l’Institut du Future de L’Humanité de l’Université d’Oxford, nous dit que l’évolution Darwinienne, bien que toujours active, opère avec une telle lenteur en comparaison avec l’évolution technologique qu’elle peut être considérée comme insignifiante.

Avec une vision transhumaniste, on peut tout imaginer : des êtres humains qui “uploadent” totalement leur esprit sour forme numérique, des Intelligences Artificielles qui deviennent des être à part entière ou qui se fondent à des entités d’origine humaines, ces “êtres” numériques pouvant ensuite se downloader dans des robots selon les besoins, voyager à la vitesse de la lumière, etc.

Avec ce postulat d’entités pensantes numérisées, le principe d’évolution ne perd rien de sa logique, il s’en trouverait même fortement accéléré, puisque le cycle générationnel passerait d’une vingtaine d’années à quelques minutes ou secondes…. je vous laisse imaginer l’explosion démographique d’entités pensantes… les quelques milliards d’humains d’aujourd’hui paraîtraient totalement insignifiants en comparaison du nombre d’entités résultant de ce type d’évolution !

Pour avoir plus d’infos sur le Transhumanisme, voir le site Humanity+ la FAQ écrite par ce même Nick Bostrom.

scénario 4 – de nouvelles possibilités d’évolution dans les colonies extra-terrestres

Selon John Hawks, anthropologue à l’Université de Wisconsin-Madison, des mécanismes d’isolation majeurs seraient nécessaires pour que l’évolution continue (on rejoint ici le scénario 1).

Mais il pense que dans un futur lointain de telles possibilités d’isolation vont se présenter, lorsque l’homme enverra des groupes coloniser d’autres planètes. Ces groupes, forcément très isolés du reste de l’humanité, verront leurs chances de voir apparaître des mutations qui se transmettent et finissent par dominer grandement augmentées.

conclusion

Cet article m’a fait une fois de plus réfléchir sur la notion même d’humain : à partir de quel stade de “modifications” considère-t-on qu’un humain n’en est plus un ? doit-on à tout prix préserver l’humain tel qu’il est aujourd’hui ? qu’en pensez-vous ?

En attendant de pouvoir répondre à ces questions existentielles, je vous propose d’aller sur Pnyx pour donner votre avis sur lequel de ces scénarios serait le plus probable : Quelle évolution pour l’espèce humaine ?